Note de lecture : JM Le Baut, L'école face à l'IA


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L'école face à l'IAL’école face à l’IA

Faire le choix de l’intelligence pédagogique

Jean-Michel Le Baut

ESF Juin 2026

 

 

 

 

 

Note de lecture de Viviane Youx

 

 

 

Alors que le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray voit dans l’intelligence artificielle « une rupture anthropologique majeure [1]» dont l’École doit s’emparer, c’est la question de l’évaluation, entendons des corrections de devoirs, qu’il pointe d’abord. 

Certes, l’évaluation pose problème tant les élèves font de plus en plus appel à l’aide d’une IA pour les exercices traditionnels. 

Alors, dit Jean-Michel Le Baut, plutôt que de nous enfermer dans une diabolisation contreproductive, repensons ce que nous enseignons, comment et pourquoi : quels modes de recherche, quelle écriture, assistée ou non ?
 

Concomittance peu surprenante, en cette rentrée de septembre 2026[2] l’actualité littéraire se focalise pour la première fois brutalement sur les soubassements de l’écriture littéraire. L’IA peut-elle avoir une place dans le travail de l’écrivain·e ? à quel(s) moment(s) ? à quel(s) niveau(x) ? S’il ou elle choisit de lui donner une place, avec quelle communication : dire ou ne pas dire ? totale transparence ou obscurité mensongère ? 

L’affaire médiatique déborde sur l’école : peut-on écrire aujourd’hui sans IA ? Et peut-on écrire avec l’IA sans assujettissement ? 

 

Ces questions sont parmi celles auxquelles Jean-Michel Le Baut apporte quelques réponses, s’écartant à la fois des fascinations juvéniles – mais pas que – et des psychoses vieilles comme le monde. 

 

 

Dans une première partie qui analyse d’abord peur et fascination, nous invitant à nous raisonner, il prône le développement d’une « culture de l’IA à l’École ». Au lieu de nous méfier de ce que les élèves pourraient faire avec l’IA, démontons avec eux les usages possibles ; montrons leur comment manipuler et partageons avec eux ce que nous savons faire, mais aussi ce qu’eux savent faire sans saisir les dessous des logiciels qu’ils utilisent ; détricotons ensemble les outils pour les responsabiliser, les aider à comprendre et développer leur vigilance. Plutôt que de les laisser dépendants de ChatGPT ou consorts pour leurs recherches, qu’ils font déjà, apprenons leur à interroger l’IA, prompter pour obtenir des réponses plus pertinentes. Et à écrire avec l’IA. Car là est bien un point central de l’ouvrage de JMLB. Comment s’aider de l’IA pour écrire, tout en restant sujet ? Si l’on en reste aux exercices traditionnels de l’École, il y a fort à parier que le fléau annoncé balaie tout le travail des professeur·es. En français, rien de plus facile que de faire rédiger une dissertation ou un commentaire par une IA. Alors, on sort des exercices canoniques, et on apprend aux élèves à travailler autrement. Et surtout, on revitalise l’écriture, si négligée dans l’École française, en faisant appel à la créativité collective. Et on imagine avec les élèves comment utiliser l’IA, la contourner, l’évaluer, la dépasser pour écrire. Ainsi nous pourrons créer cette « culture de l’IA à l’École » indispensable, quoi qu’en disent ses détracteurs.

 

Dans une deuxième partie, « Pour une contre-culture de l’IA à l’École », JMLB prend un parti qui semble inverse sans l’être vraiment. Cette partie s’ouvre largement aux exemples de travail en classe, détaillés et contextualisés. Plutôt que de rejeter l’IA, si nous apprenions aux élèves comment chercher, hiérarchiser les données, savoir construire une recherche sourcée, base des humanités numériques. Attentifs à valoriser une créativité individuelle et collective, montrons leur comment créer avec l’IA, mais aussi contre elle : l’ouvrage présente des « émancipations créatives » au collège et dans le supérieur ; « il nous faut passer d’une culture de l’écrit (qu’il soit littéraire, grammatical ou scolaire) à une culture de l’écriture, susceptible de mettre en action et en réflexion des pratiques langagières diverses, à la fois linguistiques, littéraires, scolaires, numériques, si possible en les articulant. […] Donnons de la place à la subjectivité et à l’imaginaire. » (page 107). De nombreuses expériences viennent alimenter les pages suivantes pour diversifier nos pratiques, coopérer par l’intelligence collective, avec des pratiques collaboratives. Et, pour revenir à la préoccupation du ministre, il nous faut repenser l’évaluation, ses modèles, ses formats, ses critères, mais aussi ce que nous pouvons et devons évaluer, un processus plutôt qu’un produit fini, une activité plutôt qu’une production.

Pour finir avec mesure, les deux derniers chapitres nous invitent à la précaution. Sur le droit d’auteur·e et la publication : auteuriser chaque élève qui publie implique de lui enseigner le cadre, les limites, les obligations et les perspectives autonomisantes. Sur l’éducation à la sobriété et à la traçabilité : alerter sur la consommation des recherches avec l’IA dix fois plus gourmandes en énergie qu’avec un moteur de recherche ; alerter sur la traçabilité, des précautions s’imposent pour que les traces que laissent de jeunes adultes ne leur portent pas préjudice à très long terme.

 

C’est donc à la fois à l’ouverture et à la prudence que nous invite JMLB dans son ouvrage, L’École face à l’IA. Concluons par ses dernières phrases : « Tout savoir est une relation. Et c’est cette relation que l’IA nous oblige à resserrer et revitaliser. Pour notre plus grand bonheur de pédagogue. Et, si nous agissons en ce sens, pour celui des élèves. »

 

 

 

 

 

[1] Le NouvelObs 27/08/2026 

[2] Thélyson Orélien accusé d’utilisation de l’IA pour écrire son roman C’était ça ou mourir, et de plagiat pour des articles et essais plus anciens.

Soumis par   le 27 Septembre 2026