20 mars 2013 : "Cultures et littératures questionnées par l'interculturel..."


"... dans les situations scolaires de français langue maternelle et de scolarisation"

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20 mars 2013 (Journée de la Francophonie)

Cultures et littératures questionnées par l’interculturel
dans les situations scolaires de français langue maternelle et de scolarisation

 

                        Rencontre organisée par : 

La CFLM[1],

le FMEF[2]-Belgique et le FMEF-France

Accueillie par la Délégation Wallonie-Bruxelles à Paris

274 Boulevard Saint-Germain, 75007 Paris (M° Assemblée Nationale)
 

Avec la participation de Jean-Louis CHISS, Jean-Louis DUFAYS, 
Luc COLLÈS et Emmanuel FRAISSE

 

           Peu après son apparition officielle dans les années soixante-dix, en France, dans le cadre de la scolarisation des enfants migrants, le terme « interculturel » a été repris comme élément central d’une didactique du français langue étrangère (FLE) en construction, lié à la volonté d’ancrer la communication dans une dimension culturelle. Et, depuis cette période, ce terme semble indissociable du développement et des concepts du FLE. L’approche communicative aurait, à la fois, centré l’apprentissage sur la communication, et replacé les situations de communication dans une perspective culturelle ; en effet, cette approche doit, selon Geneviève ZARATE, prendre appui sur les représentations sociales et culturelles des apprenants et leur permettre de se décentrer pour se glisser dans un entredeux qui ne considère pas la langue à apprendre comme un ensemble clos et défini, mais comme des compétences langagières à construire en les inscrivant dans un contexte socioculturel réel, afin de réduire les malentendus et les difficultés de compréhension souvent basées sur des préjugés ou des stéréotypes. L’apprentissage d’une langue se fonde alors sur un ensemble d’interactions avec l’autre, avec une éthique du respect et de la compréhension posant la prise en compte de l’altérité comme une marque de déontologie.

            Mais, s’il suffit qu’une approche de l’éducation se réclame de ces principes pour qu’elle puisse être qualifiée d’interculturelle, alors pourquoi le domaine en serait-il réservé à l’apprentissage d’une langue "étrangère" ? Toute éducation porte cet idéal et l’enseignement du français en milieu francophone a bien sûr aussi pour finalités de promouvoir le respect de l’altérité. Puisque le terme interculturel est apparu dans le cadre de la scolarisation des migrants, aujourd’hui, dans nos sociétés multiculturelles, le concept serait encore plus nécessaire à l’enseignement du français comme langue de scolarisation. Et c’est bien sous l’influence des mélanges "culturels" qui questionnent les "classes ordinaires" que l’on voit émerger la revendication d’une compétence interculturelle pour les enseignants.

            Or, face à cette demande se pose la question du transfert, et selon que l’on enseigne, ou une langue étrangère, ou la langue de scolarisation dans des classes où cohabitent élèves francophones et migrants en cours d’insertion dans un univers francophone, les réponses à chercher et les démarches à adopter sont-elles identiques ? Nathalie AUGER nous met en garde contre une transposition trop rapide d’un univers dans l’autre :  « Dire que les enseignants [...] se trouvent dans une situation interculturelle où se jouent des représentations et qu’il est nécessaire d’engager une didactique interculturelle est un vœu pieux si l’on ne prend pas exactement la mesure de ce que peuvent engendrer ces représentations » et l’on risque alors de la réduire « à une rencontre tournant autour de traits folklorisants de l’autre ; [...] d’où la dénomination peu flatteuse de « pédagogie couscous »[3]. Et Fred DERVIN, avant de proposer des Pistes pour renouveler l’interculturel en éducation[4] note « qu’il y a un certain nombre de malentendus autour de la notion d’interculturel en didactique des langues, malgré son omniprésence et les multiples appels à la renouveler [...] Le problème majeur avec l’interculturel, c’est qu’il est polysémique et que très peu d’acteurs l’utilisant prennent le temps de le définir, de dérouler la compréhension qu’ils en font et de se positionner. »

            En effet, il semble bien qu’aujourd’hui, ce terme, employé dans des contextes extrêmement variés, jusqu’au management interculturel, mériterait que l’on s’y attarde pour dissiper les malentendus et nous éloigner « la diversité de façade » (id).

Toute démarche qui postule de se tourner vers l’autre dans sa différence ou dans son appartenance peut-elle vraiment être qualifiée d’interculturelle ? Selon Martine ABDALLAH-PRETCEILLE, « la question de l’altérité se pose moins à partir d’une connaissance par marquage, catégorisation et description que par une compréhension intersubjective. [...] Il ne s’agit pas de former à « l’interculturel », ni de s’engager dans des formations spécifiques en fonction de publics dits particuliers (les migrants, les Arabes, les Chinois, les Asiatiques, les Africains...). La compréhension d’autrui exige un travail sur soi afin d’éviter de sombrer dans une projection et un jeu de miroir ou de sombrer dans une forme de tautologie expérientielle où l’enseignant ne fait que reproduire, consciemment ou non, du même. »[5] La démarche interculturelle se présente alors plus comme la formation à une attitude, à un processus qui permette de comprendre ce qui unit plutôt que ce qui sépare, et qui initie à la complexité du monde et des interactions entre individus.

            Et, comme le fait remarquer Bertrand TROADEC, nous nous trouvons dans une « impasse dualiste » parce que : « En français, le terme interculturel a deux significations contraires. D’une part il réfère à une comparaison de cultures différentes, d’autre part il évoque un entredeux issu de cultures différentes. Dans le premier cas l’idée sous-jacente est celle d’une différence de cultures ; dans le second, celle d’une rencontre. »[6].  Cette impasse l’amène à reconsidérer le sens de « culture ». Héritage d’objets à préserver, patrimoine dont nous serions les dépositaires, cette définition ne tient plus aujourd’hui : « Une culture n’est pas une réalité concrète » (id), elle se construit, se façonne au fil des expériences vécues, mais surtout au contact avec l’altérité. Penser le divers, le multiple, l’hybride, nous dit Martine ABDALLAH-PRETCEILLE, c’est prôner une « culture ouverte » selon la formule de Umberto ECO : « Le "baroque culturel" est, en quelque sorte, une invitation à sortir du piège identitaire.»[7] S’inquiétant des stéréotypes culturels qui font écran à la perception de l’autre, elle s’inquiète de « l'absence d'initiatives officielles par rapport au traitement de la diversité culturelle à l'école et de la construction d’un humanisme du divers. » (id)

 

            Serait-il temps, alors, que l’école se saisisse du paradigme interculturel et prône une culture ouverte qui interroge les stéréotypes, à la fois sources de fracture quand ils divisent et porteurs de signification quand on les analyse, avec Jean-Louis DUFAYS, comme modélisateurs de la lecture littéraire ? Comment instaurer une réflexion sur les cultures présentes à l’école, et sur les inégalités qu’elles drainent derrière de bonnes intentions ? L’accroissement des inégalités scolaires, le creusement des écarts, notamment en Belgique et en France, trouvent leur source en partie dans la présence chez certains élèves, l’absence chez d’autres, de connivence culturelle. Ceux qui auraient le plus besoin de l’école pour se constituer des compétences culturelles vivent un grand écart qu’elle entretient, non seulement entre eux, mais avec leurs enseignants qui, de moins en moins issus de milieux populaires, ne savent pas bien quelles médiations mettre en place pour que leurs élèves se constituent une culture.Quel rôle peut jouer la littérature dans cette réflexion et comment peut-elle concourir à ce baroque culturel ? Au-delà des questions de corpus, la littérature (patrimoniale, contemporaine, issue de la francophonie, traduite) dans la réception des œuvres littéraires, prépare à penser la diversité, à élaborer du sens. Ayant pris une place plus importante dans la didactique du FLM que dans celle du FLE, que peut apporter la littérature dans une perspective interculturelle ? Les enseignants sont-ils préparés à penser la littérature comme une herméneutique permettant aux élèves de se construire ? Et sont-ils préparés aux changements induits par une mondialisation de la littérature porteuse d’une plus grande diversité ? Emmanuel FRAISSE conclut en ces termes : « S’il est un enseignement qu’apporte une réflexion sur la mondialisation au plan de la littérature et de la culture, c’est bien celui de nous faire entrer pour ainsi dire naturellement dans une relation au contradictoire et de nous initier à la pensée complexe. »[8]

 

           

Lors de cette rencontre organisée par la CFLM, le FMEF-Belgique et le FMEF-France,et relayée par plusieurs associations de la FIPF, nous tenterons, à partir des usages de «l’interculturel » en FLE, de réfléchir aux implications de l’utilisation de ce terme en Français Langue Maternelle et de Scolarisation ; nous nous interrogerons notamment sur les conceptions culturelles qu’elle sous-tend et sur la place de la littérature dans une approche interculturelle en pays francophone.

 

 

Programme

 

9h30 : Accueil

10h : Présentation de la journée par Robert MASSART[9] et de la problématique générale par Viviane YOUX[10].

10h15 : Jean-Louis CHISS: À quelles conditions pourrait-on transférer le paradigme interculturel vers les situations de FLM, avec quelles démarches et pour quelles finalités ?

10h45 : Jean-Louis DUFAYS : Comment interroger les stéréotypes et en faire des modalisateurs de lecture littéraire en adoptant une perspective interculturelle dans les situations de classe francophone ordinaire ?

11h45 :Questions de la salle aux deux intervenants du matin

 

12h30 : Buffet-sandwichs sur inscription 

 

14h : Luc COLLÈS : Quels usages de la littérature ont été introduits en didactique du FLE dans une perspective interculturelle ? Pour quelles finalités ? Quel regard critique peut être posé ?

15h : Emmanuel FRAISSE : Quelles questions sont posées à la littérature par les démarches interculturelles ? Comment la mondialisation de la littérature nous fait-elle entrer dans la pensée complexe ?

16h :Questions aux deux intervenants de l’après-midi

16h45 : Conclusion de la journée par les organisateurs.

 

 

 

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S’inscrit pour le 20 mars 2013 :  (indiquer oui en face de l'option choisie)

Journée entière       

Matinée                      

Après-midi               

Buffet-sandwichs                     (à confirmer au plus tard le 14 mars)   
(Une participation modeste sera demandée pour le buffet)        

 

(Merci de préciser journée entière ou matin/après-midi)

 

À envoyer à robert.massart@swing.be  ou à vivianeyoux@gmail.com



[1]CFLM : Commission du français langue maternelle de laFIPF, Fédération Internationale des Professeurs de français

[2] FMEF : Fonds mondial pour l’enseignement du français, lié à la FIPF, qui comporte quatre sections : Belgique, France, Québec et Suisse.

[3]Nathalie AUGER, Le rôle des représentations dans l’intégration scolaire des élèves allophones, in Immigration, École et didactique du français, sous la direction de Jean-Louis CHISS, Didier 2008

[4]Fred DERVIN, « Pistes pour renouveler l’interculturel en éducation », Recherches en Éducation - n° 9 - Novembre 2010 – p. 32-42

[5]Martine ABDALLAH-PRETCEILLE, « L’interculturel comme paradigme pour penser le divers », http://www.uned.es/congreso-inter-educacion-intercultural/pretceille_frances.pdf(consulté le 10/12/2012)

[6]Bertrand TROADEC, « La relation entre culture et développement cognitif : une introduction ». http://cultures-et-psychologie.blogspot.com(consulté le 11/12/2012)

[7]Martine ABDALLAH-PRETCEILLE, «La pédagogie interculturelle : entre multiculturalisme et universalisme », Recherches en Éducation - n° 9 - Novembre 2010 – p. 10-17

[8]Emmanuel FRAISSE, Littérature et mondialisation, p. 177, Conclusion « Entre particulier et universel », Champion 2012

[9]Président du FMEF-Belgique

[10]Présidente de la CFLM, relai du FMEF-France

Soumis par   le 31 Janvier 2013