Rencontre-débat : Entrer dans la langue de l’école : un enjeu pour les élèves allophones (et les autres)


Samedi 1er octobre - 14h-17h30 - Paris 14ème

       "Entrer dans la langue de l'école : un enjeu pour les élèves allophones
(et pour les autres)"


avec Jean-Louis Chiss, Jean-Pierre Cuq, Valérie Spaëth, Laurence Le Ferrec 

1er octobre - 14h-17h30 (Association Reille – 34 avenue Reille – Paris 14ème)
 
 
Le parcours, jalonné de rencontres-débats, mené par l’AFEF depuis deux ans autour des contours de la discipline "français", nous conduisait tout naturellement à nous interroger sur les conditions dans lesquelles des élèves entrent dans les apprentissages par la langue. Plus particulièrement, en cette rentrée, à penser cette question  à partir d’une réflexion sur les enjeux de la scolarisation des élèves allophones(1.). Affirmons d’emblée le  souhait que cette rencontre concerne et accueille à la fois les professeurs enseignant en classe d’accueil mais tous les autres aussi. Tout professeur est en effet amené au cours de sa carrière à avoir des élèves qui un jour sont venus d’un autre pays en ne maitrisant pas encore complètement la langue française… mais, pour autant, en en maitrisant une autre. Tout un chacun a donc à réfléchir à la manière dont il doit comprendre et reconnaître le plurilinguisme de ces élèves et leur permettre en même temps ne pas être éternellement assignés à la place d’ « ex-NF », en leur accordant un statut d’élèves à part entière. Ce qui passe par un dépassement de la notion de « difficulté » (tous les élèves allophones ne sont pas en difficultés, il n’est pas inutile de le rappeler) et une réflexion plus générale sur ce que c’est qu’apprendre à l’école, sur les relations entre apprentissage et usages particuliers de la langue requis et construits par l’école. 
 
L’AFEF, en se tournant vers la question de l’enseignement-apprentissage avec et pour les élèves allophones, renouerait en quelque sorte avec ses origines, quand les enseignants de français comme langue étrangère, pas encore fédérés dans une discipline alors inexistante, se tournaient vers notre association pour y trouver des points de convergence. Très vite, Le Français aujourd’hui a pris en compte ces problématiques encore à la marge. Dans le n° 27 (octobre 1974), Pierre Gange concluait son article "La scolarisation des enfants de travailleurs migrants et la formation permanente des maitres" par cette phrase : « La présence d’une importante population étrangère représenterait donc pour nous, non seulement un avantage économique ou démographique, mais aussi un élément de progrès social et culturel. ». Dans le n° 35, "Les langues des français", la régionale de la Réunion faisait figure de précurseur visionnaire en défendant la diglossie créole-français pour faciliter les apprentissages dans une lettre : « Monsieur le Ministre, les enfants gagnent pas lire. »
 
Puis, la discipline FLE (français langue étrangère) s’est constituée, faisant émerger peu à peu de nouvelles catégories qui permettaient de penser les différentes situations et leurs contenus : français langue étrangère, en complémentarité avec le français langue maternelle des pays francophones pendant que de plus en plus l’enseignement du français prenait en compte les variations linguistiques dans la francophonie, notamment dans les littératures francophones, comme en témoignent trois numéros du Français aujourd’hui (81 – 106 – 119). 
 
Mais la situation se complexifiait pour cette discipline en constitution, il ne s’agissait plus simplement d’enseigner le français à l’étranger à des débutants, la discipline FLE était sollicitée pour répondre à de nouvelles situations, et on voyait émerger le concept de français langue seconde qui reprenait la diglossie réclamée plus tôt par les Réunionnais, ce dont témoigne le n° 158 du Français aujourd’hui. Dans leur présentation de ce numéro  « Enseigner les langues d’origine », Marie-Madeleine Bertucci et Colette Corblin interrogent ce concept de langue d’origine : « Force est de reconnaitre qu’aucun terme n’est satisfaisant car tous supposent une opposition, de type spatial par exemple : langues de la maison et langue de l’école, ou de type social : langues de la migration versus langue nationale, ou de type identitaire : langues natives ou langues d’appartenance par rapport à la langue du pays d’accueil. […] Autrement dit, l’enseignement des langues d’origine fait du plurilinguisme un enjeu de la reconnaissance de l’autre et de la compréhension des phénomènes migratoires, tels qu’ils sont révélés par le contact versus conflit, ou contact versus complémentarité entre les langues ; ce qui prouve que la question est d’abord politique avant d’être didactique ».
 
Puis, plus récemment, apparaissait le terme de français langue de scolarisation(2), langue des apprentissages, soit l’usage de la langue que l’école suppose, et à laquelle elle dispose les élèves pour qu’ils puissent apprendre et se construire. Ainsi l’école  doit donner aux élèves allophones non seulement des outils linguistiques pratiques pour communiquer et se faire comprendre  dans leur vie quotidienne, mais aussi leur permettre d’apprendre les mêmes démarches et contenus que leurs camarades nés en France. Elle est obligée de réfléchir aux manières dont elle peut aider ces élèves à entrer dans la langue commune des apprentissages, ce qui est un enjeu pour tous les autres élèves également.  
 
Allant plus loin encore que l’intégration scolaire par la langue des enfants allophones défendue par le n° 164 du Français aujourd’hui (mars 2009) « Langue(s) et intégration scolaire », nous serions pourtant tentés de reprendre cette phrase de la présentation de Lucile Cadet, Jean-Marc Mangiante et Isabelle Laborde-Milaa : «L’intégration scolaire renvoie à un questionnement didactique par lequel l’institution est ballotée entre la tentation de plaquer son modèle pédagogique dominant (une même méthodologie pour tous et des cours de soutien individualisé), la volonté d’appliquer une démarche inspirée du FLE (un français langue de scolarisation aux contours flous) et le sentiment qu’il faut peut-être créer de nouveaux outils, de nouvelles méthodes tenant compte de la spécificité de ce contexte d’enseignement particulier. » Choix didactiques, choix institutionnels et politiques qui interrogent largement la formation des enseignants amenés à penser un cadre nouveau, en reconnaissant que parler de la langue de l’école soulève de multiples questions. 
 
Cette question de la langue des apprentissages, ou langue de l’école, prend un statut universel, car, formulée ainsi, elle concerne tous les élèves, et pas seulement les allophones. Nous revenons aux questionnements des débuts de l’AFEF : comment faire que la langue de l’école soit accessible à tous les élèves ? Et surtout, qu’elle permette de les aider tous à apprendre ? Quelle part revient aux collègues des autres disciplines ? Quelle part les enseignants de français sont-ils les seuls à pouvoir assumer, et pourquoi ?
 
 
Pour nous aider dans notre réflexion, nous avons souhaité réunir des chercheurs et didacticiens qui ont marqué l’émergence et la constitution des concepts depuis vingt ans. Le choix était difficile tant les contributions ont été riches et nombreuses. Nous avons demandé à Jean-Louis Chiss d’animer le débat entre Jean-Pierre Cuq, Valérie Spaëth et Laurence le Ferrec.
 
1.   Allophone : un des termes en usage dans les travaux didactiques, en substitution à « non-francophones »  et pour exprimer, dans une appréhension dynamique du processus, l’idée que ces élèves sont en train d’apprendre le français mais qu’ils parlent une autre langue.
2. Langue de scolarisation : "une langue de scolarisation est une langue apprise et utilisée à l'école et par l'école.L'école véhicule une langue que l'enfant doit obligatoirement pratiquer dans le système scolaire dans lequel il se trouve, que cette langue soit sa langue maternelle ou pas. La langue de scolarisation joue, en Afrique francophone mais aussi en France pour les jeunes migrants , un rôle de médiation par rapport aux autres champs du savoir, à la différence du fle pour lequel le français est une discipline comme une autre. Le niveau atteint dans la langue de scolarisation  conditionne le plus souvent la réussite scolaire et l'insertion sociale de l'apprenant." (Dictionnaire de didactique du français, langue étrangère et seconde, sous la direction de Jean-Pierre Cuq , 2003 (Asdifle CLE international).
Soumis par   le 02 Septembre 2011